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Le poinçon, cette phrase gravée que personne ne lit

Avatar de Solveig Kerambrun

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4 min de lecture 5,0 (56 avis)

Sur la face intérieure d’une bague ou au dos d’un fermoir, un minuscule creux gravé passe presque toujours inaperçu, et pourtant il dit tout : le poinçon d’un bijou en métal précieux n’est pas une signature esthétique, c’est une déclaration légale de sa composition, aussi précise qu’une étiquette de composition textile.

Le titre en millièmes, une proportion exacte de métal pur

Le titre d’un bijou en or s’exprime en millièmes, c’est-à-dire en parts d’or pur sur mille parts de métal total : un or à 750 millièmes contient 75 % d’or pur, le reste étant composé d’autres métaux ajoutés pour la solidité, comme le cuivre ou l’argent. Les appellations courantes de 18 carats, 14 carats ou 9 carats renvoient à ce même système, le carat étant une autre façon d’exprimer la même proportion sur une échelle de vingt-quatre parts au lieu de mille.

Un bijou annoncé « plaqué or » ou « or laminé » ne relève pas du tout de cette logique : il s’agit d’une fine couche d’or déposée sur un métal de base, et non d’un alliage à titre garanti, une distinction qui change complètement la valeur et la durée de vie de la pièce.

Le poinçon de garantie, une marque contrôlée

En France, les ouvrages en métaux précieux doivent porter un poinçon de garantie qui atteste du titre du métal, appliqué sous le contrôle des services de la garantie rattachés à l’administration des douanes. À ce poinçon de titre s’ajoute souvent un poinçon de maître ou de fabricant, propre à l’atelier qui a produit ou importé la pièce, permettant de remonter jusqu’à son origine en cas de litige sur l’authenticité du métal déclaré.

Ces deux poinçons sont si petits qu’une loupe de bijoutier reste souvent nécessaire pour les distinguer clairement, mais leur présence ou leur absence renseigne immédiatement sur le sérieux de la déclaration qui accompagne le bijou.

Trois titres d’or, trois usages

Titre Proportion d’or pur Usage courant
750 millièmes (18 carats) 75 % Joaillerie, bijoux destinés à durer
585 millièmes (14 carats) 58,5 % Bijouterie courante, bon compromis solidité-valeur
375 millièmes (9 carats) 37,5 % Pièces d’entrée de gamme, alliage plus dur

Un titre plus bas n’est pas nécessairement un défaut : un alliage à 375 millièmes résiste souvent mieux aux chocs du quotidien qu’un 750 millièmes plus mou, au prix d’une teneur en or pur bien moindre. Le choix dépend de l’usage prévu pour le bijou, pas uniquement de sa valeur affichée.

L’argent et le platine suivent la même logique

Le système du titre en millièmes ne s’applique pas qu’à l’or : l’argent massif utilisé en bijouterie affiche le plus souvent un titre de 925 millièmes, connu sous le nom d’argent sterling, le reste étant composé de cuivre pour renforcer un métal naturellement très mou à l’état pur. Un argent à 800 millièmes existe également, plus courant sur des pièces anciennes ou étrangères, avec une teneur en métal précieux moindre mais une dureté légèrement supérieure.

Le platine, plus rare en bijouterie courante, se distingue par des titres généralement plus élevés, souvent 950 millièmes, en raison de sa densité et de sa résistance naturelle qui nécessitent moins d’ajout d’autres métaux pour obtenir une pièce portable au quotidien. Ces trois métaux partagent donc le même principe de déclaration, seule la proportion de référence change d’un métal à l’autre.

Vérifier avant d’acheter, pas après

Face à un bijou sans poinçon visible, la prudence s’impose : l’absence de marquage ne prouve pas une fraude, certaines pièces anciennes ou de petite taille en étant dispensées, mais elle prive l’acheteur d’une garantie qu’il serait en droit d’attendre pour toute pièce neuve. Le site de la DGCCRF détaille les obligations de marquage et les recours possibles en cas d’allégation trompeuse sur la teneur en métal précieux.

Cette vigilance rejoint celle que nous recommandons pour l’entretien et la durée des objets du quotidien : un poinçon lisible aujourd’hui reste le seul document qui accompagnera le bijou toute sa vie, bien après la perte du ticket de caisse.


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