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Lire une étiquette de croquettes comme une composition textile

Avatar de Solveig Kerambrun

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Retourner un sac de croquettes et lire la liste des ingrédients demande la même méthode que déchiffrer une étiquette de composition textile : l’ordre n’est jamais anodin, et les pourcentages affichés répondent à des définitions précises qui échappent au premier coup d’œil.

L’ordre des ingrédients, une hiérarchie par poids

Les ingrédients d’un aliment pour animaux sont listés par ordre décroissant de poids au moment de la fabrication, exactement comme les fibres sur une étiquette textile. Le premier ingrédient mentionné n’est donc pas nécessairement celui qui domine le produit fini une fois l’humidité retirée par la cuisson : une viande fraîche pesée avant transformation contient une proportion d’eau importante qui disparaît ensuite, ce qui peut faire apparaître en tête de liste un ingrédient dont la contribution réelle, une fois sec, est inférieure à celle d’une farine animale déshydratée listée plus loin.

Cette mécanique explique pourquoi deux sacs affichant « viande fraîche en premier ingrédient » peuvent avoir, une fois la composition finale analysée, des teneurs en protéines animales très différentes l’un de l’autre.

Les protéines brutes, un chiffre à ne pas confondre avec la qualité

Le taux de protéines brutes indiqué sur l’étiquette mesure la quantité totale d’azote convertie en équivalent protéique, sans distinguer son origine ni sa digestibilité. Une croquette peut afficher un taux de protéines élevé tout en utilisant des sources moins digestibles pour l’animal, comme certains sous-produits végétaux, qu’une croquette à taux légèrement inférieur mais construite autour de protéines animales de meilleure qualité nutritionnelle. Le chiffre seul ne renseigne donc jamais sur la qualité de la source, seulement sur la quantité totale mesurée en laboratoire.

Le taux de cendres, un indicateur souvent ignoré

Le taux de cendres brutes correspond au résidu minéral qui subsiste après incinération complète de l’aliment en laboratoire, une mesure qui reflète la teneur en minéraux du produit. Un taux anormalement élevé peut signaler une proportion importante d’ingrédients d’origine osseuse ou minérale, un point de vigilance particulier pour certains animaux dont l’alimentation doit être ajustée en fonction de leur état de santé, notamment rénal, sur avis vétérinaire.

Ce taux figure obligatoirement dans l’analyse nutritionnelle affichée sur l’emballage, aux côtés des protéines, matières grasses et fibres brutes, un ensemble de valeurs encadré par la réglementation européenne sur l’étiquetage des aliments pour animaux et contrôlé en France par la DGCCRF.

Les matières grasses et les fibres, deux valeurs à lire ensemble

Le taux de matières grasses brutes influence directement l’apport énergétique de la croquette, un élément à ajuster selon le niveau d’activité de l’animal plutôt qu’à chercher systématiquement au plus bas ou au plus haut. Un chien peu actif nourri avec une croquette à taux de matières grasses élevé accumule un excédent calorique que son mode de vie ne permet pas de dépenser, indépendamment de la qualité par ailleurs correcte des autres ingrédients.

Le taux de fibres brutes, souvent relégué en fin de liste des valeurs analytiques, joue pourtant un rôle réel dans le transit digestif et la sensation de satiété de l’animal. Une fibre insuffisante peut favoriser des selles molles récurrentes, tandis qu’un excès dilue inutilement la densité nutritionnelle globale de l’aliment : ni l’un ni l’autre des deux extrêmes ne constitue un signe de qualité en soi, et seule la cohérence de l’ensemble des valeurs mérite d’être examinée.

Une lecture qui rejoint celle du vêtement

Nous avons détaillé, dans notre article sur ce que les symboles d’entretien interdisent vraiment, à quel point une information réglementée reste malgré tout partielle : elle encadre ce qui doit être écrit, pas ce que le produit vaut réellement à l’usage. La même prudence s’applique à l’alimentation animale, où le respect de l’étiquetage n’équivaut jamais automatiquement à une qualité nutritionnelle supérieure. Pour consulter le détail des obligations d’étiquetage applicables aux aliments pour animaux, le site de la DGCCRF reste la référence à consulter.

Comparer deux sacs de croquettes exige donc de lire l’ensemble de l’étiquette, ordre des ingrédients et analyse nutritionnelle réunis, plutôt que de se fier à la seule mention mise en avant sur la face avant de l’emballage, presque toujours la plus flatteuse et la moins précise des deux faces du paquet.


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